La douceur du pardon

Un témoignage de Marie

Passée d’une enfance chaotique chez sa mère à une adolescence solitaire chez son père comme apprentie dans la restauration, Marie a dû se battre et se forger une carapace pour s’imposer  comme maître d’hôtel dans un monde d’hommes. «Ma bête noire, c’était les autres », avoue-t-elle en riant. Aujourd’hui, réconciliée avec son passé, ses amis apprécient sa joie de vivre et son humour.

Famille éclatée

Mon enfance, je l’ai partagée avec une tribu de demi-frères et sœurs que ma mère avait eus d’hommes différents. L’homme de la maison, un ouvrier ostréiculteur, n’était que notre père adoptif à tous. Le mien était mort. Soit disant. En fait, je n’y avais jamais vraiment cru. Car dans ce coin de Bretagne où nous vivions très modestement, rien ne se dit et tout se sait. Mais je ne me souviens pas en avoir souffert. Au contraire. Je me sentais protégée dans cette famille éclatée. Peut-être aussi parce que déjà je m’étais fait une carapace et que je me mettais toujours un peu dans l’ombre…
 
Mais à l’âge de 12 ans, au moment où j’aurais aimé entreprendre des études pour sortir un peu de mon milieu et voir du monde, ma mère m’annonce que je vais partir travailler chez mon vrai père, hôtelier restaurateur, pour apprendre le métier. Ce fut terrible. Non seulement on m’abandonnait brutalement et on m’imposait un avenir que je n’avais pas choisi, mais je me suis retrouvée d’un seul coup encore plus coupée du monde extérieur qu’avant. Hormis des clients qui ne faisaient que passer, je ne voyais personne. J’étais confinée chez  mon père. Et comme il m’avait sous la main, j’étais corvéable à merci, y compris dans des travaux ménagers qui n’avaient rien à voir avec la restauration. Je bossais souvent jusque 15 heures par jour. Bien sûr je ne manquais de rien, je vivais même dans un confort proche du luxe comparé à ce que j’avais connu. Mais j’aurais donné n’importe quoi pour retrouver ma vie d’avant.

Les autres, c’était ma bête noire

Alors, dès que j’ai eu 18 ans, j’ai taillé la route. Au début  ce fut la galère pour être reconnue dans ce métier. Maître d’hôtel, c’est un boulot d’homme.  Mais très vite, j’ai été acceptée. Dans le travail, j’assurais. Tout allait bien. J’avais la chance d’être engagée et appréciée des plus grands chefs. C’est en dehors que commençaient les  problèmes…  J’avais  tellement pris l’habitude d’être seule, avec un caractère pas franchement souple, que je finissais toujours par me fâcher avec tout le monde… J’essayais bien de donner le change en faisant la fête. J’étais une fêtarde de première. Mais c’était plus pour m’étourdir que pour communiquer avec les autres. Les autres, c’était ma bête noire. Une vraie sauvage ! J’avais des relations de travail mais pas d’amis. J’avais un homme dans ma vie mais pour une série de mauvaises raisons, on n’a jamais réussi à envisager un avenir ensemble.  En fait, sous mes airs de femme indépendante et solide, j’allais mal mais je ne savais pas pourquoi et je ne voulais pas le savoir.

La prière : une protection, une paix, une force incroyable

Jusqu’au jour où on m’a parlé d’Invitation à la vie. Cela arriva dans un moment où je commençais à me fatiguer de croire que j’étais forte et que je n’avais besoin de personne. Alors j’ai pris rendez-vous et j’ai rencontré quelqu’un qui a su m’écouter jusqu’au fond de l’âme. J’étais bouleversée. Je ne savais pas que j’avais tant de choses dire. Je ne connaissais pas cet autre moi plus doux, plus féminin, avec lequel on pouvait prendre le temps de s’arrêter. Après plusieurs  entretiens, je suis entrée moi-même dans l’association. Mon plus beau cadeau, à travers l’enseignement d’Yvonne, fut de  découvrir ce qu’était réellement la prière et comment prier. Dans la prière je retrouvais cette protection qui m’avait tellement manqué mais aussi une paix et une force incroyable. J’ai commencé à oser m’exprimer, à voir les autres autrement, à créer des liens… Dans mon groupe de prières, puis dans mon travail. Tout ça était tellement nouveau, surtout l’amour, que je recevais en retour…
 
Quand je fais la fête à présent, c’est un vrai partage avec des gens que j’aime et qui me le rendent bien. Mais tout n’est pas encore gagné. Je me surprends encore à juger sur les apparences. J’ai du mal avec ceux qui « se la jouent », comme je dis. Je suis plus à l’aise avec les gens de terrain comme moi… Mais je confie tout ça là-haut. J’ai déjà tellement changé ! Surtout depuis que j’ai déposé le gros boulet qui m’empêchait de m’aimer moi-même.

Pardonner aux autres et demander pardon

Le pardon jusque-là, c’était un mot de science-fiction. Et puis un jour j’ai vraiment ouvert les yeux. Quand j’ai compris  à quel point j’en voulais toujours à ma mère qui m’avait trahie et abandonnée, à mon père qui, sous prétexte de m’apprendre un métier, m’avait étouffée et privée d’instruction… J’ai pris conscience de toute cette rancoeur que j’entretenais depuis tant d’années et qui m’empoisonnait, j’ai été effrayée. En même temps je réalisais qu’à leur façon, avec leurs propres problèmes, ils m’avaient sûrement aimée et avaient essayé de faire au mieux pour que je parte avec un bagage dans la vie.
Alors, le jour où j’ai vraiment été certaine dans mon for intérieur de leur avoir pardonné, je suis allée en Bretagne pour, à mon tour, leur demander pardon d’avoir coupé les ponts. Je n’ai jamais connu de plus belle liberté. 

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