Une femme digne

Un témoignage de Lauren

Mère divorcée d’une jeune fille de 14 ans, Lauren a subi beaucoup de violences avant de connaître la douceur de vivre. Récit d’un chemin vers la paix et la dignité.

Dernière enfant d'une fratrie masculine, j’ai été confrontée très tôt à la violence dans les rapports humains : les attouchements sexuels de l'un de mes frères, les coups octroyés par un autre, l’indifférence d’un troisième que j’ai vécue comme une agression… Elevés par une mère qui en réalité craignait l'autorité masculine,  notre famille était minée par les non dits, sources de beaucoup de  bleus à l'âme . Ma féminité a été  tuée dans l’œuf  et, adolescente, j'étais devenue un vrai garçon manqué. J’étais en échec scolaire et n'arrivais plus à communiquer, excepté avec les mondes animal et végétal.

Transformer mon état d’esprit et ma vision du monde

Le mariage avec un homme mûr m'a donné l'illusion de la sécurité et de la reconnaissance. Pour me sentir exister, j’espérais fonder une famille. Mais nous sommes rapidement entrés dans la spirale de la violence conjugale. Mon mari me maltraitait physiquement, même lorsque j’étais enceinte, et je me suis retrouvée aussi l’objet de menaces à la carabine… Je n’avais pas même le réflexe de me débattre ou appeler au secours, pas plus que de me confier à ma meilleure amie. Mon silence était tel que j’étais tout aussi incapable de démentir les mensonges et veuleries que colportait mon mari, pour se disculper, dans mon entourage et ma propre famille. Inconsciemment je me sentais fautive et honteuse, l’excusant chaque fois de l’inexcusable, endossant la totale responsabilité de l’épisode, convaincue que cela finirait bien par changer.
 
Il me fallut un véritable électrochoc, la mort subite de notre fils après seulement deux jours d’existence, pour enfin réagir. Je ne concevais pas de ne pas avoir  mon   enfant, il était « mon dû » injustement repris ! Je ne m’étais jamais sentie plus abandonnée et trahie de tout et de tous. Je pleurais sur mes innombrables douleurs, en cet instant focalisées en une insurmontable épreuve. Un choix s’imposait à moi : me laisser aller jusqu’à en mourir pour ne plus souffrir ou véritablement vivre avec tout ce que cela allait impliquer de combats et de dépassements. J’étais clouée sur mon lit d’hôpital par les complications de ma césarienne. Cependant parvenait à ma conscience la certitude que le malheur n’est pas une fatalité. Si j’avais tant de difficultés à me réaliser en tant que femme et mère, ce n’était pas que le  sort  s’acharnait contre moi, mais il fallait peut-être que je commence par transformer mon état d’esprit et ma vision du monde.

Exprimer la souffrance

Deux ans plus tard, au quatrième mois d’une grossesse inattendue, mon mari quitta le domicile conjugal. J’acceptais ce départ, soucieuse de préserver cette nouvelle vie de toute agressivité. Absent à mon accouchement, il partit définitivement lorsque notre fille Capucine eut trois semaines. Il vivait en réalité avec une de mes amis et ses deux enfants ; j’appris que leur relation durait depuis un an…
 
Ma fille arriva au moment où je rencontrais Invitation à la vie. Cette fraternité qui caractérise IVI m'a profondément soutenue par la chaleur humaine et l’écoute que j’y ai trouvées. La tendresse et la douceur reçues furent un véritable baume sur mes souffrances. La découverte de la prière au quotidien m’a apaisée puis le travail sur moi-même à travers la vie du groupe m'a appris à m'exprimer, à dire "j'ai mal","je souffre". J’ai pu pleurer, déposer mes fardeaux et petit à petit comprendre les processus qui m'avaient conduite à cet état de victime.

De victime à responsable

Jour après jour, boostée par la présence de ma fille, j’apprenais enfin à retrouver une sérénité au quotidien et le désir de vivre dignement. Les harmonisations, les entretiens, la prière ont balayé progressivement les traces de ma souffrance, de ma culpabilité et de mon indignité de femme battue. Je m’appliquais de mon mieux à puiser dans chaque instant la beauté de la vie et le courage de faire de mon passé la richesse de notre futur. Petit à petit j'ai retrouvé confiance en moi, j'ai découvert un sens à ma vie et le désir d'aimer au sens large.
 
Bien entendu j'ai souffert de mon statut de mère célibataire. Les joies de la maternité ont cependant apaisé ma solitude de femme. L'amour reçu de cette enfant, la pluie de ses : "Je t'aime Maman", sa tendresse spontanée et tonique m’ont comblée. Cette nourriture indicible m'a sauvée.
 
Ayant pris conscience de la déstructure que génère le manque de fermeté des parents, pour en avoir été victime dans mon enfance, j'ai toujours fait en sorte que Capucine ne vive pas ce même travers, sous prétexte de l’absence de son père. Le cocktail tendresse-fermeté l'a construite et lui donne le sens de la responsabilité de son propre bonheur.

L'espérance d'être femme

Chaque âge vécu par ma fille m'a également aidée à me libérer de la mémoire négative de mon enfance. Aujourd'hui elle a 14 ans, elle est belle et bien dans sa peau. Je suis moi-même en paix et libérée de ce passé douloureux. Quand je la vois à l'aube de sa vie de femme, je réalise que j'ai retrouvé la dignité et l'espérance d'être une femme désireuse d'aimer et d'être aimée.  

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