De l'ironie à la confiance

Un témoignage d'Eva

J’ai commencé à travailler vers 21 ans. J’étais une provinciale qui montait à Paris avec l’idée bien arrêtée de travailler dans le cinéma. J’adore l’image. Je me suis formée sur le tas, d’abord  dans les films publicitaires où j’ai été tour à tour stagiaire, régisseuse, directrice de production, puis productrice. C’était alors l’âge d’or de la pub et j’ai eu la chance d’y côtoyer les meilleurs réalisateurs de cinéma. Des gens soucieux  d’esthétisme, de style, de lumière, de sens, qui étaient plus que des faiseurs d’images. L’humour et l’ironie faisaient partie de la panoplie des ressorts publicitaires. Je baignais dans l’ironie, je lui courais après et je tournais autour toute la journée. J’étais par ailleurs la compagne d’un metteur en scène qui vivait lui-même tout dans l’ironie. Cela me convenait dans la mesure où j’avais toujours été une dure à cuire, une rebelle. J’étais souvent en train de juger, d’examiner. Or l’ironie c’est la moquerie de tout, des gens, du sens de la vie, des choses, de soi-même également.

Mieux se connaître

Je savais sans doute au fond de moi que l’ironie ne pouvait constituer le support d’une vie, mais c’est à IVI que je m’en suis rendu compte. J’y suis entré grâce à ma sœur. J’ai d’abord, deux ans de suite, fait un pèlerinage au Mont-Saint Michel avec l’association, à la suite de quoi j’ai décidé, en 1991, de payer pour voir. Je n’ai pas beaucoup payé, mais j’ai beaucoup vu ! D’abord je me suis vue moi-même, ma famille, mes culpabilités. J’ai compris les origines de ma rébellion : j’ai eu l’impression d’être rejetée et, du coup, je prenais les devants, je rejetais à mon tour. C’est un problème de confiance envers les autres, envers moi-même aussi dans une certaine mesure.  A Invitation à la vie, j’ai été nourrie de l’enseignement du Christ que je ne voulais surtout pas connaître auparavant. Yvonne Trubert  le rappelle dans des termes très simples et ça m’a plu. J’ai appris ce qu’était l’amour, le non-jugement, le pardon et surtout la confiance.

La confiance pour se construire et construire les autres

La confiance, j’en ai eu besoin lorsque je me suis retrouvée seule au Brésil pour essayer d’adopter deux enfants. Les autorités locales ne me laissaient aucune illusion : on ne confierait jamais d’enfants très jeunes à une étrangère. Au bout de six mois, je recevais des appels de France qui me disaient de rentrer, que je ne pourrais jamais arriver à rien dans ce pays, que je perdais mon temps, loin de la vie, loin de mon monde. Je ne dis pas que je n’ai jamais douté. Ces appels me détruisaient parfois. Mais j’étais consciente que c’était moi qui étais là, pas ceux qui me téléphonaient. Je sentais que je devais rester et que Dieu était près de moi quoi qu’il arrive, pas pour me donner ce qui n’était pas pour moi, mais pour m’aider à me construire. Au bout d’un an, je suis revenue avec deux enfants, frère et sœur, de deux et trois ans.
Depuis, je les élève seule à Paris, je fais tout ce qu’il y a à faire pour eux tout en sachant que je ne suis pas une superwoman. Alors je les confie au Père le matin et je le remercie. Je sais qu’il y a une partie qui est prise en charge. Je suis vigilante sur leur éducation, leur santé, mais aussi j’ai confiance, je ne suis pas dans l’angoisse. Et je sais que c’est important pour leur vie à eux.

Rien à cacher

J’ai gardé certains amis de l’époque où je n’étais pas à IVI. Ils sont au courant de ma démarche. Je n’ai jamais rien voulu cacher. Parce que je pense qu’il n’y a rien à cacher à IVI. C’est quelque chose qui m’a nourrie et qui m’a transformée. Je suis fière de le dire. Mon père.me demande parfois des nouvelles de « ma secte ». Je ne me sens pas rejetée par ces paroles. Je lui dis : « Je ne suis pas dans une secte.  D’ailleurs comment me trouves-tu maintenant ? 
-       Tu es mieux, me répond-il. »
Mes amis aussi l’ont remarqué. Ils voient surtout que je n’ai pas peur de la vie. Certains viennent facilement se confier alors qu’autrefois, ils ne se seraient pas adressés à moi. Et la rebelle ironique que j’étais n’aurait pas pu les consoler.  

Témoignage suivant : Fidèle à l’autre, fidèle à soi-même >